NOUVELLE | La tulipe


Les rideaux se soulèvent. Deux, trois pétales de tulipe flottent à travers la pièce comme des baisers messagers. Ce n’est pas le printemps.

Tout ce que je me souviens c’est que la porte de la pièce s’est entrouverte. Une ombre a tapissé le mur de ses formes exquises. L’endroit a semblé bien plus beau.

Paralysé sur place, je contemple la Beauté d’octobre, la Bonté de juin, la Douceur de mars. Ma Vénus, mon Firmament, mon Étoile du Soir, mon Aurore Boréale.

La silhouette disparaît alors peu à peu. Un nuage traverse le ciel. Un ange passe. La grande horloge s’arrête presque.

Voilà tant d’heures que j’espérais sa présence. Tant d’heures que je la désirais, la voulais, l’appréhendais. Mais que font les étoiles quand elles sont cachées par la lumière du jour ?

Ses cheveux ébouriffés sont autant de raisons qui me poussent à l’admirer. Ressortant ses beaux yeux de gemme, pas assez courts pour la faire ressembler à un garçon, ou alors juste assez pour prononcer sa féminité.

Tous les jours cette même danse, ce corps divin qui se meut, à chaque mouvement une action, à chaque action une réaction : et mon cœur n’en bat que plus fort.

Sa main effleure le bouquet. Elle arrache un pétale qu’elle retourne et retourne. Pas de cruauté, juste la tendresse d’une femme plus proche de l’enfance qu’on pourrait le croire.

Dans son regard pourtant, se lit la tristesse de milliers de vies. Son sourire attendrissant ne suffit pas à cacher cette douleur infinie. Ses yeux ne mentent pas ; aussi révélateurs qu’un rêve. Suis-je dans un rêve ?

Elle s’approche de moi, sans me voir, ou presque. Elle se retourne enfin. Elle m’a remarqué, c’est certain. Elle me regarde longuement pour enfin baisser sa main pour me toucher la tête.

Elle sent bon, elle chantonne une chanson dont elle a le secret. Les paroles sont dans une langue que je ne comprends pas, mais qu’est-ce que j’aimerais les comprendre, pour les chanter avec elle.

Elle me regarde dans les yeux. Je remarque qu’un pétale de tulipe est resté collé sur une de ses mèches brunes.

Et là, ce que je n’espérais plus se produisit, ma Vénus me parle :

« Mon toutou… Tu veux te promener ? »