STEMLAUR INC. © | Dé-cadence parfaite


Pour me familiariser à l’algo rythmie, mes parents m’inscrirent dans des cours d’initiation à la musique et à la danse. J’y synchronisais mes pas sur les pas de mes pairs.

Chaque itération s’accompagnait de leçons théoriques, faites de règles telles que:

  • Ne jamais bouger ses deux jambes en même temps, au risque de tomber
  • Ne jamais danser la bouche pleine, au risque de s’étouffer
  • Le saut de biche ne requiert pas de pieds de biche
  • Le “pas-de-deux en binaire”
  • Toujours pointer au risque de se faire jeter (technique d’entreprise qui m’est restée chère)

Nous dansions toujours en pair, celui qui conduit et celui qui ne boit pas. Parmi les danses que je maîtrisais, mes préférées étaient bien sûr: la Java (danse mainstream), le Swing (de la catégorie des danses GUI), le Groovy (aussi appelée la danse des canards), mais aussi les danses Joy (la danse du bonheur), Ballerina, Flex, Squirrel (sur du casse-noisette).

Notre professeur jouait du bouzouki, de la vièle, de la trompette de poche, de la satârâ, du lur, du kazoo, de la flaviol, du cornu, de l’ahoco, de la tritare. Mais ses instruments préférés étaient à vent. En effet, comme tout chef qui se respecte il adorait pipoter.

Il s’obstinait à n’utiliser que ces notes: do dièse, ré et fa dièse parce qu’il considérait que seules ces notes étaient fonctionnelles. Quand son doigt ripait par accident sur un C, un B, un A# ou pire un F, il blâmait la communauté d’ingénieurs d’avoir introduit de telles atrocités dans sa programmation.

Comme nous avions moins de 18 ans, il n’utilisait que du mineur pour ne pas avoir à demander l’accord de nos parents.

Mes parents étaient (de toute façon) complètement ignares en algo rythmie, quand ils me demandaient de baisser d’un ton je prenais systématiquement une voix de baryton.

J’aurais aimé qu’ils observent que mes quintes de toux sonnaient toujours juste ou qu’ils complimentent mon doigté quand je pianotais le clavier de mon commodore. Nous étions rarement sur la même longueur d’onde, et ils mesuraient difficilement mon potentiel, mais ne dit-on pas que les élèves sont voués à dépasser leur mètre ?

Pendant toute la première année, j’eus toujours de bonnes notes, le seul bémol, c’était que les petits Jean-Sébastien, Wolfgang Amadeus et Claude n’étaient jamais en harmonie avec moi.

À la fin de cette année, je pris une résolution (qui tournait depuis plusieurs mois dans ma tête), celle d’arrêter l’algo rythmie qui ne correspondait plus à mon tempérament.