STEMLAUR INC. © | Conception de projet


Je suis sur Terre à cause de bugs. Pas de bugs informatiques, mais de vrais bugs. Ceux qui créent des arcs électriques dans nos salles de serveurs, ceux qui pullulent sur nos morceaux de pizza laissés à l’abandon.

Mes parents étaient éleveurs d’insectes en formation quand ils se sont rencontrés. Leur stage de fin d’étude les avait amenés dans le bassin méditerranéen dans une magnanerie où ils élevaient des vers à soie.

Pour draguer ma mère, mon père y alla avec méthode. Proof-testant sa démarche sur toutes les abeilles de la ruche, avant de conclure avec succès sur la reine mère. Sur un échantillon de 15 femelles, mon père réussit à draguer 6.6% d’entre elles. La chanceuse et la seule, c’était ma mère. Le miel était dans le bocal. Sa technique avait fait mouche. Ils eurent vite un cocon à soie.

Mes parents se marièrent quelques mois plus tard à Toulouse. Ils avaient choisi cette ville pour leur accent et leur bonne odeur. Le cahier des charges de ma conception était déjà écrit: je serai grand, je serai beau, je serai intelligent et surtout je serai sériculteur.

On estima ma durée de développement à 9 mois, j’eus 2 semaines de retard et je passai mal les tests d’intégration : j’étais très laid. Et ils eurent des retours de bâtons au sujet de ma carrière. La sériculture ne fut pas mon futur.

Pour me concevoir, mes parents luttèrent comme s’ils utilisaient VIM pour la première fois. Ils tentèrent de naviguer trois minutes en pressant sur tous les boutons sans succès. Finalement, mes parents n’arrivant pas clôturer cette session, décidèrent de ne plus retenter. Je fus le fruit de l’unique tentative de mes parents de concevoir. Je me promis plus tard que je réussirai là où ils avaient échoué.

Avant de développer son projet bébé, il est important de le découper (le projet pas le bébé) en tâches, et d’anticiper le portage de ses couches. Pour cela, les parents ont chacun un rôle précis qui varie selon les couples :

  • ma mère s’occupait de mon développement
  • mon père s’occupait de tenir les délais et le budget

Le premier enfant est ainsi le projet le plus important, car il permet de gagner en crédibilité auprès de la famille, des amis, des “clients finaux”. C’est en lui que repose l’avenir de l’équipe de développement. Si les clients finaux ne sont pas contents, il n’y aura pas de seconde chance. S’ils sont contents, les parents peuvent recommencer en utilisant les librairies qui ont fait leurs preuves.

Parfois ces librairies ont mal vieilli, et l’enfant se retrouve à porter les même vêtements Club Dorothé que l’ainé.

Ma mère insista pour me trouver un nom. Ainsi il aurait été plus facile de parler de moi plutôt que de dire “le projet numéro untel” ou “le truc en production”. L’équipe avait déjà un nom “Les parents”, le projet devait en avoir un aussi. Il fallait donc trouver un nom accrocheur auprès des clients finaux, un nom qui reflète le succès. Plusieurs noms firent surface :

  • Apple ? Non, mon père était allergique à la pectine.
  • Tomcat ? Non, c’était déjà le nom de notre chat, nous ne saurions plus où donner de la tête.
  • Adolphe ? Non, c’était trop tôt pour ce genre d’humour.

Cela dura ainsi trois mois, sans succès. Mes parents, prirent la décision de fusionner leurs prénoms. Mon père Astème et ma mère Laure étaient ainsi les heureux responsable du projet Stemlaur.