STEMLAUR INC. © | Projets primaires


Quand vint le moment de me placer à la maternelle, mes parents me firent passer de faux entretiens techniques. Ils me demandèrent de répéter pendant plusieurs jours les mots “deadline” et “framework” afin de me crédibiliser au maximum. Ce furent d’ailleurs mes premiers mots. À deux ans et demi, je maîtrisais déjà les foutaises à l’anglaise.

Ils engagèrent une nounou commerciale sortie du lycée pour m’accompagner à l’entretien et pour me souffler des réponses aux questions-pièges de la directrice:

  • Directrice: Es-tu propre Stemlaur ?
  • Moi: …
  • Commerciale: Il est aussi propre que son code.

  • Directrice: Sais-tu parler ?
  • Moi: …
  • Commerciale: Il parle 3 langages de programmation, dont deux sans compilaitaire!

Je commençai en septembre. J’étais entouré d’autres personnes ayant des spécialités tout aussi essentiel à la vie de l’entreprise que moi.

L’éducatrice artistique de l’équipe “design” dessinait des traits sur les murs de la classe.

Les maîtresses dans l’équipe “codir” passaient leur temps assis autour d’une table ronde à parler sans s’écouter jusqu’à ce que la directrice décide pour eux de leurs activités suivantes.

Les enfants passaient une grosse partie de leur temps à dormir ou à taper le sol avec des poêles et étaient organisés en “squads”. Devant reporter de leurs résultats auprès des maîtresses, mais arrivaient toujours à s’en sortir en mettant tout sur le dos de la grosse ‘dette (surnom de Claudette Legros, au “produit”).

L’équipe d’entretien, aussi appelée “ops”, s’occupait des tâches ingrates, comme nettoyer le caca des squads, il y en avait même qui étaient d’astreinte sur ça le mercredi.

Tous les premiers mardis du mois, l’équipe “codir” invitait les membres d’une “squad” pour leur demander d’estimer en nombre de dodos le temps qu’il faudrait pour réaliser un projet d’envergure (plus souvent artistique que pratique) à remettre à la boss. Cet exercice finissait toujours par un gros plat de spaghettis à la cantine.

La directrice mettait particulièrement la pression sur le codir pour que les projets de l’année réussissent, elle était suivie de près par les actionnaires de l’Éducation nationale qui injectaient de moins en moins d’argent dans la startup, ou qui changeaient tous les cinq ans de business plan. Par exemple, parfois ils décidaient que le mercredi nous faisions du bébé-travail, parfois non. Ça avait l’air de stresser notre directrice qui dut être replacée dans une autre école quelques années plus tard.

Mes parents semblaient contents de leur choix, je restai pendant huit ans dans cette start-up primaire.

À propos de Stemlaur:

Président Directeur Génial de la société Stemlaur Inc. Ⓒ, il a notamment réalisé et produit le court métrage ”Code Zombie! Kill! Kill!”, chef-d’œuvre acclamé au festival d’Oracle-Dance où il reçut le prix du meilleur doublage animalier.