Les articles

STEMLAUR INC. © | Contrebande

En 2009, alors que je cherchais un travail de menuisier dans un trou de la Creuse, je me fis aborder par un homme aux cheveux gras et à la barbe duveteuse. Il prétendait être la P.D.G. d’une grande société de contrebande de code. Il avait du travail à me proposer. D’abord sceptique, (je ne m’étais jamais engagé dans une activité touchant de près ou de loin le monde du travail), je lui demandai si ce...

STEMLAUR INC. © | Projets primaires

Quand vint le moment de me placer à la maternelle, mes parents me firent passer de faux entretiens techniques. Ils me demandèrent de répéter pendant plusieurs jours les mots “deadline” et “framework” afin de me crédibiliser au maximum. Ce furent d’ailleurs mes premiers mots. À deux ans et demi, je maîtrisais déjà les foutaises à l’anglaise. Ils engagèrent une nounou commerciale sortie du lycée pour m’accompagner à l’entretien et pour me souffler des réponses aux...

STEMLAUR INC. © | Conception de projet

Je suis sur Terre à cause de bugs. Pas de bugs informatiques, mais de vrais bugs. Ceux qui créent des arcs électriques dans nos salles de serveurs, ceux qui pullulent sur nos morceaux de pizza laissés à l’abandon. Mes parents étaient éleveurs d’insectes en formation quand ils se sont rencontrés. Leur stage de fin d’étude les avait amenés dans le bassin méditerranéen dans une magnanerie où ils élevaient des vers à soie. Pour draguer ma...

STEMLAUR INC. © | Dé-cadence parfaite

Pour me familiariser à l’algo rythmie, mes parents m’inscrirent dans des cours d’initiation à la musique et à la danse. J’y synchronisais mes pas sur les pas de mes pairs. Chaque itération s’accompagnait de leçons théoriques, faites de règles telles que: Ne jamais bouger ses deux jambes en même temps, au risque de tomber Ne jamais danser la bouche pleine, au risque de s’étouffer Le saut de biche ne requiert pas de pieds de biche...

Cher journal

3 mars 202* Réveil, rêve bizarre, esprit détaché du corps, mal de dos, étirements. 3 mars 202* Quand je me suis réveillée ce matin, mon esprit s’est détaché de mon corps pendant un instant, quelques secondes très brèves durant lesquelles je me suis sentie libérée de tout un poids, de toute peine, de tout mon corps. Je me suis vue allongée sur mon lit, dans une position inconfortable, les yeux clos, la respiration lente, les...

Le syndrome de stockholm

Les flammes montent dans le ciel ébène. La lune est plus rouge qu’elle n’est pleine. Et je bouge pour me délivrer de ces liens. Qu’il est bon de rentrer chez soi, après une nuit de labeur. Ma Fleur dort paisiblement sur le fauteuil au coin du feu. Les flammes bougent plus vite alors que je l’approche. Je manque de renverser une tasse de café froid qu’elle avait posée sur le bras du sofa avant de...

Le purgatoire

J’aime ma femme. J’ouvre les yeux. L’effluve d’un parfum fruité me réveil un peu plus. À mi-chemin entre le rêve et la réalité, le passage de la mort à la vie. Le plafond tournoie encore, je me frotte les yeux, me ressaisis, me tourne, souris. Elle est là. Je l’enlace, elle ronronne. Je ne veux pas me réveiller. Il fait encore nuit dehors, il est 6 h 03. Le vol 857 a eu un pépin....

NATIONALE N43

1 - Int. Voiture de Greg Une Renault 21 noire. Des dés pendent au niveau du rétroviseur. Une musique jazzy, style Miles Davis. Il fait presque nuit. La voiture roule dans la ville. Les enseignes clignotantes reflètent sur le pare-brise. À son bord : Greg. Il conduit le regard à moitié endormi. Il est seul dans la voiture. Un panneau nous indique que la voiture sort de la ville pour se diriger vers les collines....

Décapitée

L’inspecteur n’en croit pas ses yeux : devant lui un corps sans tête. Le corps d’une femme d’une vingtaine d’années au corps superbe. Il met un mouchoir sur sa bouche pour ne pas vomir. Ses cheveux blonds trempent dans la mare de sang… à quelques pas de son corps. Le sang n’a pas fini de couler, quelle horreur ! La jeune femme est en chemise de nuit. Une jambe nue dépasse, tâchée de rouge. Le...

Le village (1)

Personne ne lève les yeux au ciel, personne ne sourit, personne ne pleure. Personne. Pourquoi aucune pensée négative ne vient troubler le calme du Village ? La cloche de l’Église elle-même ne sonne plus l’Angélus du soir. Dans la rue principale, personne ne fait attention à cette poupée de cire brisée au milieu de la chaussée. Qui pourrait me ramasser ? Je suis tombé jadis des bras d’une jeune fille qui courait. Elle pleurait. Elle...
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